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Acheter du street art relève-t-il seulement de l’ordre du possible ? La réponse va de soi, au vu de l’essence même de cet art qui tient à son caractère insaisissable. Des mots d’amour proclamés sur les murs de Philadelphie aux entrées des premières œuvres dans les galeries, l’art urbain a vécu moult métamorphoses. Ce n’est donc pas un projet fou que de vouloir acquérir des productions de ce genre artistique. Mais comment s’y prendre pour éviter de verser des milliers d’euros pour le dessin d’un illustre inconnu en croyant acheter un Banksy ? Cet article revient sur la question avec le précieux concours de Pascal Robaglia le spécialiste et le chasseur de street art et spécialiste de l’art tout court.

Street art: un simple phénomène de mode ?

Dans les cercles les plus huppés, quasiment partout, le street art circule dans toutes les conversations. La thématique confisque la une des magazines spécialisés dans l’art contemporain. Comme l’indique le spécialiste dans cet article publié dans Les Échos, Pascal Robaglia, directeur de la galerie Gilbert Bard, l’art urbain prend actuellement sur sa revanche sur l’hostilité dont il fut victime à l’époque où un street artiste ne représentait rien d’autre qu’un paria. Il suffit à présent que quelques œuvres apparaissent dans une ville pour que celle-ci devienne attractive.

La frénésie actuelle autour des arts de la rue est loin d’être un feu de paille qui s’éteindra aussi vite qu’il s’est allumé. Elle participe d’un mouvement qui, ayant pris l’envol depuis une décennie, se traduit aujourd’hui par des investissements financiers importants. L’examen des chiffres publiés par Artprice révèle la portée de cette tendance. Selon le CAC 40 de l’art, les placements liés à l’art contemporain ont bondi de 18 % au premier semestre de l’année. Sur une période plus importante, dix ans notamment, le marché justifie d’une appréciation à faire pâlir d’envie toutes places boursières du monde : 1146 % !

Tous les indicateurs apparaissent donc dans un vert prononcé, et vous réaliserez un investissement intéressant en acquérant des œuvres marquées street art. Savoir vraiment de quoi l’on parle prémunit contre les démarches aventureuses.

Street art, art urbain, art de rue, de quoi s’agit ?

C’est l’ensemble des arts qui, utilisant les couleurs, les lettres et les formes comme matière première, trouvent leur canal d’expression dans la rue. La définition la moins chargée de connotation, reste sans doute, une traduction littérale de l’expression anglaise : art de la rue, art urbain. S’appropriant l’espace public comme médium privilégié, il s’impose comme l’un des arts les plus démocratiques qui soient. Citant Bansky, Stéphanie Lemoine dans son ouvrage L’art urbain : du graffiti au street art signale son trait fondamental en ces termes : « il se donne à voir sur les plus beaux murs qu’une ville ait à offrir, et le prix d’entrée ne rebute personne ».

Genèse d’un art enfanté par et pour la rue

Même si les puristes aiment situer ses origines à l’art rupestre préhistorique, la naissance contemporaine du street art ne date que des années 1960 aux États-Unis. Il fallait s’extraire furtivement du cocon familial, échapper à la surveillance de la police, pour exprimer ses sentiments ou ses idées à travers des graffiti. La peinture à la bombe ou et les transcriptions nerveuses de lettres représentaient les modes d’expression les plus adoptés.

On est bien loin aujourd’hui de ses formes primaires, car l’art urbain s’approprie d’autres modes de véhicule à l’instar de la sculpture, des pochoirs. Et si l’Amérique lui a donné naissance, il a très vite traversé l’Atlantique pour inonder les capitales européennes. Les Français Jo Di Bona et Kashink, l’Espagnol SpY ou l’Allemand Evol sont des figures marquantes du street art européen. Des festivals dédiés à l’art de la rue, comme le FestiWall parisien, s’organisent régulièrement. Ce ne sont donc pas les œuvres qui manquent. Le hic, c’est comment en acquérir.